05 Mai

Comprendre l’indice de réparabilité

Depuis le 1er janvier 2021, il est devenu légalement obligatoire pour les vendeurs de certains objets électroniques de diffuser un indice de réparabilité. Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? 

L’indice de réparabilité est arrivé avec la loi AGEC (l’article 16-I de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 plus précisément). L’idée est simple : combattre l’obsolescence programmée en obligeant les producteurs à indiquer à quel point un objet est réparable. On rend plus attractif les objets les plus vertueux, et on incite les producteurs à dessiner des objets plus durables. Elle devra d’ailleurs être suivie par un indice de durabilité en 2024, plus général, qui doit notamment intégrer un critère de robustesse. 

5 critères pour une note sur 10 

Pour l’instant les produits concernés sont : smartphones, ordinateurs portables, lave-linge à hublot, téléviseurs et tondeuses à gazon électriques.

Le calcul est plutôt simple. 5 critères, qui ont chacun une note avec un coefficient, le tout permettant d’aboutir à une note sur 10. 

  1. Documentation : à quel point les documents techniques sont-ils facilement et gratuitement accessibles ?
  2. Démontabilité : à quel point est-il facile de démonter et remonter le produit, les outils nécessaires sont-ils courants ? 
  3. Disponibilité des pièces détachées : les pièces détachées sont-elles facilement commandables sur le site du fabricant ? Le délai de livraison est-il court ?  
  4. Prix des pièces détachées : pas simplement le prix des pièces en tant que telles, c’est le ratio entre le prix de la pièce par rapport au prix du produit. 
  5. Spécifiques : chaque catégorie de produit aura ses spécificités. 

La diffusion de l’indice est obligatoire mais l’absence ne sera sanctionnée qu’en 2022. 

Les trous dans la raquette 

L’idée est bonne, mais le dispositif a ses failles. Tout d’abord, le calcul de l’indice est fait par le fabricant lui-même. Un contrôle est censé être fait par la fameuse Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF pour les intimes). Or, vu l’ampleur des produits à vérifier, on est en droit de douter que ces contrôles seront fréquents et suffiront à dissuader les producteurs de gonfler leurs scores. La DGCCRF est composée de 3000 agents, qui ont déjà beaucoup à faire. Ils traquent les œufs au fipronil, les arnaques au numéro téléphonique surtaxé, les moteurs Diesel trafiqués, etc. Sachant qu’ils ont déjà comme nouveaux chantiers la surveillance des géants du numérique Google, Amazon, Facebook (etc.) ou de lutter contre les perturbateurs endocriniens. Pas une mince affaire. 

Deuxième souci : le choix et le poids des critères. Le Fairphone 3, téléphone conçu pour être réparable facilement par le consommateur, a obtenu une note de 8,5/10 alors que le Samsung S21 a eu 8,2/10. Comment expliquer un écart si rapproché ? Fairphone explique avoir perdu des points sur le prix des pièces détachées et le délai de livraison (3-5 jours ouvrés au lieu de 2 chez certains concurrents). À l’inverse, il suffit par exemple de diffuser certaines informations sur le produit pour grappiller quelques points. Le site iFixit, spécialisé dans la réparation de smartphones, a lui accordé un 10/10 à Fairphone contre 4/10 au S21…

Un point important bien expliqué par un article de Frandroid : l’indice de réparabilité ne dit rien de la capacité, par le client, de réparer le téléphone lui-même. Votre téléphone pourra avoir une excellente note mais toujours nécessiter une visite chez un réparateur agréé (et coûteux).

Piste d’amélioration : indépendance et contrôles 

Si l’idée de l’indice était plutôt bonne, son exécution laisse à désirer. Le risque est non seulement que la tendance à l’obsolescence programmée ne change pas, mais même que le consommateur soit induit en erreur à acheter un produit qu’il croit vertueux. L’indice serait alors carrément contre-productif. 

On peut espérer que les coefficients attribués à chaque critère évoluent pour mieux rendre compte de la facilité pour le consommateur de gérer la réparation de son produit. On peut aussi souhaiter que la note soit attribuée par un tiers indépendant et que des contrôles fréquents soient mis en place, histoire d’éviter un greenwashing facile. D’ici-là, les consommateurs devraient toujours vérifier sur un site neutre (par exemple iFixit) la fiabilité de la note attribuée. 

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