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Green Friday 2022 : refuser et agir

Chaque année, le Black Friday revient en force et chaque année, le collectif du Green Friday s’engage pour dénoncer tout ce qu’il incarne et rappeler les alternatives plus vertueuses. Chaque année, s’engager fermement pour le climat et contre les inégalités devient de plus en plus urgent. 

Textile : l’industrie inarrêtable ?

L’industrie du textile est l’une des plus destructrices, des plus polluantes et des plus juteuses. Sa croissance est exponentielle : la production de vêtements dans le monde a doublé en 15 ans. On produit actuellement 100 milliards de pièces par an, dont 60% seront jetées dans l’année. 

Et les Français ne sont pas en reste : chaque Français achète environ 9,5 kg de vêtements, chaussures et linge de maison par an. 

 

Le nombre de vêtements a doublé, mais le nombre de fois moyen qu’un vêtement est porté avant de cesser d’être utilisé a fortement baissé entre 2000 et 2015.

C'est grave docteur ?

Pour produire la quantité astronomique de vêtements dont nous sommes si friands, il faut pourtant faire des sacrifices humains et environnementaux.  

D’abord humainement : pour pouvoir fournir une telle ampleur de choix de produits (allant jusqu’à 6,000 nouvelles références par jour pour Shein) à des prix aussi bas, il faut faire des économies quelque part. L’ONG Transparentem a conduit une série d’études qui témoigne des conditions de travail extrêmement difficiles sur toute la chaîne de production. 

 

“Certains migrants retournent chez eux plus pauvres qu’à leur départ. Un ancien travailleur a dû emprunter plus de [3000$] pour payer les frais de recrutement, a vendu ses terres et était encore endetté de 250$ auprès de son employeur quand il a été renvoyé chez lui pour des raisons médicales. “J’ai commencé à mendier auprès d’autres gens… Maintenant il ne me reste plus rien” rapporte un travailleur exilé en Malaisie.” 

 

Cette histoire n’est pas un cas isolé, c’est le quotidien de dizaines de milliers de travailleur·euses qui travaillent dans les coulisses de l’industrie textile qui abreuvent nos magasins.

La crise du Covid n’a rien arrangé : les confinements ont forcé ces entreprises à s’arrêter brusquement. Les clients n’ont subitement plus acheté, mais les entreprises devaient quand même payer les loyers, les charges, les actionnaires, les salaires… Payer les salaires ? Pas tous. H&M a par exemple fait patienter certain·es de ses salarié·es 5 mois avant de leur verser leur salaire. Et les entreprises de la fast-fashion ne sont pas les seules à abuser de la vulnérabilité de leurs salarié·es : 93% des marques interrogées par l’enquête Out of the shadows: A spotlight on exploitation in the fashion industry ne fournissent pas un salaire de subsistance à leurs travailleur·euses. 

Salaire de subsistance

Salaire de subsistance

Reconnu comme un droit humain par les Nations Unies, le salaire de subsistance doit permettre de payer la nourriture, l’eau, le loyer, l’éducation, la santé, les transports, de quoi se vêtir et garder de l’argent pour des dépenses exceptionnelles pour un·e salarié·e et sa famille. Le salaire minimum est parfois très loin du salaire de subsistance. Au Bangladesh par exemple, le salaire minimum ne représente qu’un cinquième du salaire de subsistance.
Pour en savoir plus

Et côté planète ?

 

 Les impacts environnementaux sont également dramatiques. Niveau ressources déjà : un jean nécessite 11,000 litres d’eau à produire, soit entre 200 et 300 douches. Un smartphone contient près de 70 métaux différents, qu’il aura fallu extraire et transporter à travers le monde entier. 

Niveau biodiversité ensuite : les vêtements sont traités avec des produits chimiques polluants qui sont renvoyés dans les nappes phréatiques. Le tout avec bien peu de considération pour la biodiversité ou la santé des populations locales.  

 Niveau CO2 évidemment : l’explosion des plateformes de vente en ligne (Amazon, Shein, Vinted, etc.) invisibilise les millions de kilomètres de camion parcourus par les produits. La facilité avec laquelle on peut retourner un produit (ou le revendre en ligne) donne l’illusion que toute cette mécanique s’opère comme par magie. La production et le transport de vêtements représentent 1,2 milliards de tonnes de CO2 par an par exemple. 

 

Où est passé le monde de demain ?

Ce constat est d’autant plus amer que la crise sanitaire était l’occasion (et, pour beaucoup, l’espoir) de corriger les inégalités et les absurdités consuméristes. Le “monde de demain” ne voit pas le jour, l’omniprésence de la surconsommation n’est pas remise en question.  

Il y a des pistes qui paraissent prometteuses. La rentrée 2022 a par exemple vu le mot « sobriété » s’imposer au cœur du débat public. Le GIEC définit la sobriété comme : « un ensemble de mesures et de pratiques quotidiennes qui permettent d’éviter la demande d’énergie, de matériaux, de terres et d’eau tout en assurant le bien-être de tous les êtres humains dans les limites de la planète.». Cela passe, mécaniquement, par une diminution de la production et de la consommation. Cela veut dire moins de biens, mais de meilleure qualité. N’acheter que ce dont on a besoin, et donc tout l’inverse du Black Friday.

Néanmoins, la définition officielle du GIEC se fait un peu tordre le cou. Pour Emmanuel Macron, un grand plan de sobriété : “Ça veut pas dire produire moins ! J’ai pas changé d’avis là-dessus. […] La sobriété ça veut juste dire gagner en efficacité”. Sauf que la sobriété et l’efficacité sont deux choses différentes. S’il est nécessaire de gagner en efficacité, cela ne dispense pas de gagner en sobriété. Cantonner la sobriété à l’efficacité est au mieux une erreur, au pire une tromperie.  La société de (sur)consommation a de beaux jours devant elle, malgré les promesses de sobriété. 

C’est d’autant plus regrettable que 70% des Français·es ont conscience de l’impact de la consommation sur l’avenir de la planète. 90% trouvent que l’on vit dans une société qui nous pousse à acheter sans cesse, et 83% souhaiteraient que la consommation prenne moins de place dans leur vie. À l’heure d’une prise de conscience manifeste du besoin de décélérer, le Black Friday incarne le chant du cygne d’une économie dépendante de la publicité et du marketing. 

 

Les alternatives

C’est pourquoi le collectif du Green Friday rappelle sa volonté de mettre fin au Black Friday et tout ce qu’il représente : un consumérisme effréné qui se fait au détriment des populations, notamment précaires, et de l’environnement. 

Privilégions plutôt la réparation, le réemploi et l’achat uniquement nécessaire. Les alternatives existent, et beaucoup sont déjà incarnées par les adhérents du Green Friday.

Une centaine d’événements sont aussi à retrouver partout en France (ainsi qu’en Belgique !) sur https://greenfriday.fr/nos-actions/ pour découvrir de nouvelles manières de se passer de la surconsommation. 

Bibliographie

Green Friday 2022 : refuser et agir

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